{"d":{"__metadata":{"id":"https://ws.parlament.ch/OData.svc/Transcript(ID=36690L,Language='DE')","uri":"https://ws.parlament.ch/OData.svc/Transcript(ID=36690L,Language='DE')","type":"itsystems.Pd.DataServices.DataModel.Transcript"},"Subjects":{"__deferred":{"uri":"https://ws.parlament.ch/OData.svc/Transcript(ID=36690L,Language='DE')/Subjects"}},"MembersCouncil":{"__deferred":{"uri":"https://ws.parlament.ch/OData.svc/Transcript(ID=36690L,Language='DE')/MembersCouncil"}},"Businesses":{"__deferred":{"uri":"https://ws.parlament.ch/OData.svc/Transcript(ID=36690L,Language='DE')/Businesses"}},"ID":"36690","Language":"DE","IdSubject":"6196","VoteId":null,"PersonNumber":505,"Type":1,"Text":"<pd_text><p>On a pu voir dans cette assembl\u00e9e qu'il y a des perceptions extr\u00eamement diff\u00e9rentes qui m'\u00e9tonnent, je dois le dire, sur les faits simplement.</p>\n<p>Je vais essayer de vous expliquer comment j'ai v\u00e9cu ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Je crois que c'est \u00e0 la fin des ann\u00e9es soixante et au d\u00e9but des ann\u00e9es septante que la drogue est arriv\u00e9e dans notre pays. Je l'ai v\u00e9cu dans une petite ville, Nyon, qui a aujourd'hui 17 000 habitants. A l'\u00e9poque, \u00e7'a \u00e9t\u00e9 un choc pour la soci\u00e9t\u00e9 parce qu'on n'\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l'apparition [PAGE 1505] d'un tel ph\u00e9nom\u00e8ne. La premi\u00e8re r\u00e9action de la population a \u00e9t\u00e9 de diaboliser: on a peur, on ne conna\u00eet pas, on diabolise, on interdit tout. Ce n'est \u00e9videmment pas la r\u00e9action la plus saine qui soit.</p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re p\u00e9riode d'acclimatation, si je peux dire, on a approch\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne plus finement. Un certain nombre d'\u00e9ducateurs qui ont travaill\u00e9 et qui travaillaient d\u00e9j\u00e0 avec les jeunes ont pu se rendre compte que le produit stup\u00e9fiant en tant que tel n'est pas la cause du probl\u00e8me, mais qu'il n'en est que le sympt\u00f4me. C'est le sympt\u00f4me d'un mal-\u00eatre, d'un manque d'amour, d'un manque de communication et d'un manque d'autorit\u00e9. Donc, la drogue en tant que telle n'est qu'un support. Mais \u00e9videmment, quand ce support est utilis\u00e9 et qu'on y est accroch\u00e9, \u00e0 ce moment-l\u00e0 la situation devient extr\u00eamement difficile. C'est l\u00e0 que ces \u00e9ducateurs ont compris qu'il fallait utiliser des th\u00e9rapies bas\u00e9es sur l'accompagnement, mais un accompagnement qui postule l'abstinence, c'est-\u00e0-dire qui propose l'abstinence avec autorit\u00e9. Et \u00e7a, comme je l'ai dit tout \u00e0 l'heure, ce n'est ni de l'autoritarisme ni du laxisme. Seules l'abstinence accompagn\u00e9e et une certaine contrainte finissaient par permettre aux jeunes de s'en sortir.</p>\n<p>Alors aujourd'hui, comme souvent dans la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e8s qu'on parle d'autorit\u00e9, il y a toujours des gens qui ont de la peine \u00e0 l'exercer parce qu'il faut une certaine fermet\u00e9, pas de la duret\u00e9, mais de la fermet\u00e9. Le fait de poser des exigences leur est contraire et face aux difficult\u00e9s, face aux \u00e9checs qui bien entendu se produisent dans ce genre de th\u00e9rapie, certains en viennent \u00e0 contester la th\u00e9rapie elle-m\u00eame, notamment le fait de vouloir lutter contre la prise de drogue. Et on s'est mis \u00e0 composer avec la prise de stup\u00e9fiants. C'est ce que j'appelle le pacte avec la drogue, bien entendu pas avec de mauvaises intentions, car nous en avons tous de bonnes. On le fait par compassion, par souci d'aide, mais aussi, il faut le dire, parce qu'on se dit: \"Puisqu'on ne peut pas combattre le mal, essayons de l''amadouer'.\" Finalement, comme l'a dit M. Maitre, on en arrive \u00e0 la d\u00e9mission.</p><p>La d\u00e9mission, on la voit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l'article 1er de la loi. On ne parle pas d'abstinence. Puisque tout le monde a dit que le fait de consommer n'\u00e9tait pas bon, on devrait tous dire que le but, que notre objectif, c'est l'abstinence, et le dire clairement! Alors, je suis navr\u00e9, c'est grave! C'est grave pour le respect de la personne, d'ailleurs, qui est en principe au centre de notre \u00e9thique: cette loi tol\u00e8re de toute mani\u00e8re qu'on aille dans le sens de la consommation pour un certain nombre de gens et qu'il faille se contenter de seulement soigner les cons\u00e9quences et non pas de commencer par diffuser le message de l'abstinence. Je crois qu'on ne peut pas tol\u00e9rer que la soci\u00e9t\u00e9 assiste impuissante \u00e0 la descente aux enfers de certains de ses membres, qui sont nos prochains, dont on se contente de soigner les sympt\u00f4mes.</p>\n<p>On a parl\u00e9 des quatre piliers de la politique f\u00e9d\u00e9rale en mati\u00e8re de drogue. Le canton de Vaud n'a jamais accept\u00e9 la politique des quatre piliers, en particulier celui, fameux, de l'aide \u00e0 la survie. C'est particuli\u00e8rement pervers, finalement, d'aider \u00e0 survivre au lieu d'aider \u00e0 vivre. Les Grecs utilisaient le terme de \"zein\" pour qualifier la vie commune \u00e0 tous les animaux, mais le distinguaient de \"euzein\" qui \u00e9tait le bien vivre r\u00e9serv\u00e9 aux humains vivant dans les soci\u00e9t\u00e9s polic\u00e9es. Le D\u00e9partement f\u00e9d\u00e9ral de l'int\u00e9rieur, lui, a invent\u00e9 le \"survivre\": il n'y a pas de terme grec pour cela. Aucune soci\u00e9t\u00e9 n'a r\u00e9ussi jusqu'ici \u00e0 fonder une mesure d'amour et d'aide \u00e0 partir d'une notion pareille, parce que le fait de renoncer \u00e0 l'abstinence revient finalement \u00e0 poser un regard purement pessimiste sur les toxicomanes et leur avenir. Au lieu de les sortir de leur mis\u00e8re, au lieu de leur permettre de retrouver une vie r\u00e9elle, on se borne \u00e0 les accompagner le mieux possible dans leur d\u00e9rive en les consid\u00e9rant finalement comme condamn\u00e9s \u00e0 terme.</p>\n<p>Vous me direz bien s\u00fbr: \"Vous parlez l\u00e0 des cas les plus graves, de la toxicomanie dure; \u00e7a n'a rien \u00e0 voir avec la d\u00e9p\u00e9nalisation du cannabis.\" Voire! D\u00e8s lors qu'on renonce au principe d'abstinence pour ne soigner que les cons\u00e9quences; d\u00e8s lors qu'on d\u00e9p\u00e9nalise la consommation du cannabis puis, avec le principe d'opportunit\u00e9, des autres produits stup\u00e9fiants, on donne ce signal contradictoire, ce signal de la d\u00e9mission face au ph\u00e9nom\u00e8ne de la consommation quelle qu'elle soit! Et qu'on le veuille ou non, c'est ainsi.</p>\n<p>Alors, j'entends et j'ai entendu que, soi-disant, la p\u00e9nalisation avait fait faillite. Premi\u00e8rement, la p\u00e9nalisation ne doit pas \u00eatre prise en soi et pour soi toute seule, il doit y avoir un ensemble de mesures. Deuxi\u00e8mement, j'ai cru avoir dit tout \u00e0 l'heure - et je n'y reviendrai pas - que ce n'est pas parce que l'on continue \u00e0 voler qu'il faut l\u00e9galiser le vol. Quand on dit que la p\u00e9nalisation a fait faillite, c'est se moquer de la r\u00e9alit\u00e9 de tous les jours. En r\u00e9alit\u00e9, on a d\u00e9j\u00e0 appliqu\u00e9 la loi qu'on veut nous faire voter dans les faits. On a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9 dans les faits, parce que les messages donn\u00e9s par la Conf\u00e9d\u00e9ration - et j'ai eu l'occasion de le voir depuis 1990/91, d\u00e9j\u00e0 du temps de M. Cotti - vont dans le m\u00eame sens: il ne faut pas p\u00e9naliser, il faut laisser aller, etc. Et il y a eu effectivement du trouble, de la confusion, parce que certains cantons ont continu\u00e9 \u00e0 appliquer la loi et que d'autres ne l'ont pas appliqu\u00e9e. C'est seulement depuis quelques mois, prenant conscience des difficult\u00e9s du probl\u00e8me, que certains cantons reviennent en arri\u00e8re et redeviennent plus s\u00e9v\u00e8res. Mais on ne peut parler en aucun cas de faillite de la p\u00e9nalisation.</p><p>Et puis, vous me direz encore que la consommation de cannabis, ce n'est pas grave, que c'est banal. Eh bien, je ne crois pas! On l'a banalis\u00e9e, justement. On l'a banalis\u00e9e et on voit aujourd'hui que le cannabis est plus toxique que ce qu'on imaginait et que les taux de THC ont augment\u00e9. Encore une fois, il ne s'agit pas l\u00e0 de banaliser les choses.</p>\n<p>Bien s\u00fbr, il ne faut pas en faire un crime. Tout \u00e0 l'heure j'ai fait, semble-t-il, une erreur de traduction, Madame B\u00fchlmann. Ce qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en fran\u00e7ais, je confirme que c'est faux, c'est une erreur: on ne criminalise pas les consommateurs. Il semble qu'en allemand on dise \"Entkriminalisierung\". J'en prends acte. On aurait pu dire que c'\u00e9tait \"nicht strafbar\", \u00e7'aurait \u00e9t\u00e9 plus juste. De toute mani\u00e8re, il ne s'agit pas de stigmatiser le consommateur lorsqu'on \u00e9dicte simplement, par un message clair, qu'il y a une limite qu'on ne d\u00e9passe pas, comme on ne d\u00e9passe pas une limite de vitesse, comme on ne d\u00e9passe pas le nombre de minutes ou d'heures durant lequel on est autoris\u00e9 \u00e0 stationner sur une place. C'est de \u00e7a qu'il s'agit et de rien d'autre, et non pas de criminaliser et d'\u00e9craser le consommateur.</p>\n<p>Alors, d'un point de vue lib\u00e9ral - et j'ai entendu des radicaux suisses al\u00e9maniques le dire -, on peut bien s\u00fbr affirmer que la libert\u00e9 est au-dessus de tout, y compris la libert\u00e9 de se d\u00e9truire. Mais c'est peut-\u00eatre oublier la responsabilit\u00e9. La libert\u00e9 ne va jamais sans responsabilit\u00e9, on le voit d'ailleurs, semble-t-il, sur les affiches. La responsabilit\u00e9 existe autant pour soi - je dois \u00eatre capable d'assumer mon r\u00f4le social et mes charges - que pour autrui - je ne peux pas laisser mon prochain au bord du chemin, je ne peux pas le laisser s'autod\u00e9truire. Et il y a, qu'on le veuille on non, des cons\u00e9quences sociales \u00e0 la consommation: il peut s'agir d'accidents de la route - on y a fait allusion -, d'accidents du travail; il peut s'agir de probl\u00e8mes dans les familles; il peut s'agir aussi de suicides de jeunes.</p>\n<p>Les m\u00eames \"lib\u00e9raux\" d\u00e9fendent la th\u00e9orie antiprohibitionniste. Pour ma part, j'aimerais bien qu'elle marche! Elle est th\u00e9oriquement parfaite, cette th\u00e9orie antiprohibitionniste, mais malheureusement, elle est parfaitement th\u00e9orique. Personnellement, je m'en tiens aux faits. L'enqu\u00eate hollandaise la plus r\u00e9cente montre que l'exp\u00e9rimentation du cannabis dans la population des plus de 12 ans a progress\u00e9 de 15,6 pour cent en 1997 \u00e0 17 pour cent en 2001; que la pr\u00e9valence de la consommation du cannabis au cours du mois \u00e9coul\u00e9, chez les N\u00e9erlandais, a pass\u00e9 de 325 000 personnes \u00e0 408 000 personnes de 1997 \u00e0 2001; que dans la classe d'\u00e2ge des 20 \u00e0 24 ans, cette augmentation a \u00e9t\u00e9 la plus forte, faisant un bond de 31,7 pour cent en 1997 \u00e0 41,9 pour cent en 2001. Cela, ce sont des faits. Autre fait: l'Alaska. Savez-vous que l'Alaska avait d\u00e9p\u00e9nalis\u00e9 la consommation \u00e0 des fins personnelles d'une drogue telle que la marijuana? Or l'Alaska, ayant l\u00e9galis\u00e9 la marijuana pour la consommation \u00e0 usage personnel, a d\u00fb en rep\u00e9naliser la [PAGE 1506] consommation en 1991. En 1989, en Alaska, 45 pour cent des \u00e9l\u00e8ves des classes terminales avaient consomm\u00e9 de la marijuana au cours des 30 jours qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l'enqu\u00eate, 45 pour cent contre 17 pour cent dans le reste des Etats-Unis. Est-ce que vraiment la non-prohibition, la libert\u00e9, l'antiprohibitionnisme marchent? Les faits semblent en tout cas dire le contraire.</p>\n<p>En cons\u00e9quence, alors que les enseignants se plaignent de plus en plus de voir arriver des \u00e9l\u00e8ves apathiques ou somnolents, alors que le taux de THC augmente, ce n'est vraiment pas le moment, pour les pouvoirs publics, de banaliser les dangers de la consommation et de renoncer \u00e0 fixer des limites \u00e0 nos jeunes; ce n'est vraiment pas le moment de d\u00e9missionner! Et, voyez-vous, le hasard, la Providence, les circonstances ont fait que, \u00e0 midi, j'ai mang\u00e9 avec un tr\u00e8s haut fonctionnaire de la Conf\u00e9d\u00e9ration, qui me disait: \"Vous pouvez dire que ma fille est morte d'overdose. Eh bien, elle \u00e9tait contre la d\u00e9p\u00e9nalisation. Parce que la d\u00e9p\u00e9nalisation, c'est finalement l'abandon, le rejet.\" C'est de cela que nous ne voulons pas. Il faut maintenir, s'il vous pla\u00eet, le respect de la jeunesse et le moyen de venir en aide aux jeunes.</p></pd_text>","MeetingCouncilAbbreviation":"N","MeetingDate":"20030924","MeetingVerbalixOid":1098,"IdSession":"4620","SpeakerFirstName":"Claude","SpeakerLastName":"Ruey","SpeakerFullName":"Ruey Claude","SpeakerFunction":"Mit-M","CouncilId":1,"CouncilName":"Nationalrat","CantonId":22,"CantonName":"Waadt","CantonAbbreviation":"VD","ParlGroupName":"Liberale Fraktion","ParlGroupAbbreviation":"L","SortOrder":55,"Start":"\/Date(1064423224449)\/","End":"\/Date(1064423824405)\/","Function":"Mit-M","DisplaySpeaker":true,"LanguageOfText":"FR","Modified":"\/Date(1774878118662)\/","StartTimeWithTimezone":"\/Date(1064423224450+0120)\/","EndTimeWithTimezone":"\/Date(1064423824407+0120)\/","VoteBusinessNumber":null,"VoteBusinessShortNumber":null,"VoteBusinessTitle":null}}